Je viens de finir Une promesse, de Sorj Chalandon (merci Emilie de me l’avoir laissé).
Ce n’est pas très gai, une histoire de deuil, de souvenirs, de fraternités. Avec une écriture pudique, précise, poétique et touchante. Du même auteur, j’avais déjà lu Mon traître, une toute autre histoire (quoique ?), plus âpre, parue en 2008, et je me souvenais avoir été déjà sous le charme de cette écriture.
Je le note ici pour moi, pour ne pas l’oublier, comme presque tout ce que je lis, malheureusement, mais j’espère aussi vous donner un peu envie de le lire. Jusqu’au milieu de ma lecture, je trouvais l’idée belle mais trop vite éventée, et pas assez développée. Mais la deuxième moitié du roman m’a donné tort. Même si c’est un conte pour adultes, comme tous les contes son charme est puissant.
Une promesse a reçu le prix Médicis 2006. C’est dire qu’il n’y a pas qu’à moi que ça a plu.

« Le bosco se relit. Il relit le professeur qui déserte, il relit Berthevin qui ment. Il n’est ni en colère, ni amer, ni révolté. Juste, il est inquiet. Il se demande combien de temps encore Léo frappera la cloche, combien de temps Ivan ouvrira les rideaux, les fenêtres et les volets. Il se demande combien de temps encore, Madeleine changera les draps, arrangera les oreillers, fera la poussière, dressera la table et fleurira le salon. Il se demande combien de temps encore Berthevin allumera l’électricité dans le salon. Combien de temps encore Paradis ouvrira les portes, et remontera la petite horloge.
(…) Il se dit que tous vont renoncer. Qu’il le sentait depuis quelque temps. Qu’il n’y a pas que Berthevin l’Andouille et Blancheterre le professeur qui baissent les bras. Il se souvient que Léo a passé deux fois son tour du mardi. Que Madeleine a oublié le bouquet d’hortensias deux jeudis de suite. Qu’Ivan néglige souvent d’ouvrir la fenêtre de la chambre. Que sans le verre de promesse, Paradis rendrait sûrement les clés. Depuis juin, un peu méfiant, un peu honteux, un peu malheureux aussi, il leur tend des pièges. »

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