Lorsque Holly émerge trop tard de son sommeil en ce matin de Noël, elle peine à s’extraire d’une soudaine et lancinante intuition : « Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux.»
Ce leitmotiv entêtant, cette prescience d’une révélation qui se dérobe à elle, va accompagner et rythmer cette journée parsemée de contretemps et contrariétés (blizzard michigan d’anthologie retardant les proches et la belle-famille invités au déjeuner traditionnel, mari retenu par l’hospitalisation imprévue de sa vieille mère, adolescente rétive qui semble vouloir punir sa mère pour ce réveil inhabituellement tardif en provoquant d’incessants conflits…). Bref, la confusion s’installe dans un temps suspendu comme la neige, n’aidant guère Holly, écrivain à la plume empêchée depuis des années, à ordonner et donner un sens à tous les souvenirs qui l’assaillent, de l’adoption de sa fille treize ans plus tôt en Sibérie à cette matinée où rien ne se déroule comme elle le souhaiterait… comme dans un mauvais rêve…

J’ai mis du temps à vraiment entrer dans la lecture de ce roman, dont les bribes lancinantes et répétitives de souvenirs qui le constituent m’ont d’abord donné le sentiment de m’engluer moi-même dans les méandres de la lassitude et du désarroi croissant de la narratrice, de plonger dans son engourdissement hébété (ma fatigue de ces derniers jours écrasants de chaleur, a contrario du blizzard, aidant sûrement aussi). Mais peu à peu, de nouveau détail en réajustement, se dessine la fatalité de la révélation pressentie qui s’impose enfin à Holly après un long déni ; et le dernier quart du roman devient vraiment haletant, oscillant entre le fantastique et l’issue inéluctablement catastrophique de ce huis clos répondant parfaitement aux unités de temps, de lieu et d’action de la tragédie la plus classique.
espritdhiver

Après une brève recherche sur l’auteure, je ne suis pas sûre d’avoir envie de lire un autre livre autant pétri d’angoisse (les deux dernières pages sont vraiment glaçantes), mais force m’est de reconnaître qu’elle fait preuve d’une écriture et d’une science de la construction narrative dont l’économie maîtrise parfaitement ses effets. De plus, la finesse dans la description des relations parfois ambivalentes entre mère et fille, renforcées par la problématique du long chemin de l’adoption internationale sinuant entre fol espoir et déchirement, la malédiction familiale qui pèse sur Holly et sa frustration latente d’écrivain, donnent à ce monologue intérieur une profondeur qui ne peut laisser indifférent.

Je suis contente de pouvoir maintenant m’attaquer, avec plus de légèreté sans doute, au second roman prêté par une collègue via la « bibliothèque tournante » organisée depuis peu par une autre collègue : Une place à prendre, de J.K. Rowling, aussi gros que le plus gros de ses Harry Potter. Vivent les vacances !

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