Hier soir nous nous sommes rendus à l’Institut Français du Bénin pour écouter Florent Couao-Zotti, auteur béninois multi-casquettes et Alexandra Huard, illustratrice française super talentueuse, présenter leur collaboration sur un magnifique album tout récemment sorti des presses des éditions Sarbacane : Le lance-pierres de Porto-Novo.

Ce qui m’a tout de suite plu, c’est l’enthousiasme d’Alexandra Huard, à l’origine du projet, pour le Bénin,  qui transparaît sans équivoque à travers ses illustrations captivantes avec un petit je ne sais quoi de vintage, aux couleurs chatoyantes, aux jeux d’ombres et de lumière subtils, aux détails précis et délicats (les motifs des pagnes sont d’une fidélité stupéfiante), pour croquer de façon à la fois réaliste et poétique un quotidien contemporain plus vrai que nature.
Il suffit d’un petit tour sur le blog de cette artiste passionnée pour voir une présentation vidéo avec laquelle je ne saurais rivaliser ou lire son billet parlant de la genèse de cet album.

Vous y verrez aussi quelques images qui rendront bien plus justice à son travail que les pauvres photos que j’ai essayé de prendre (n’en étant pas du tout satisfaite comme en témoigne ma première photo, j’ai d’ailleurs emprunté les deux autres images postées ci-dessus au fameux géant de la vente en ligne… mais cela reste un pâle reflet de la beauté originale des peintures, que nous avons la chance en ce moment d’admirer à l’IFB où elles sont exposées !) ainsi que de très belles photos en noir et blanc prises par Alexandra lors de ses séjours au Bénin.

L’histoire, quant à elle, n’est pas en reste : c’est un « conte » actuel (ou plutôt une petite tranche de vie bien réelle dans un Bénin d’aujourd’hui, mais porteuse d’une leçon) qui a le double mérite de mettre en scène dans un décor local et contemporain, de jeunes héros locaux et contemporains auxquels les enfants béninois (et plus largement africains) peuvent vraiment s’identifier, enjeu d’importance dans le domaine de la littérature de jeunesse,  mais exception dans une même littérature de jeunesse très majoritairement « blanche », et pour le moment encore parent pauvre d’une littérature africaine pourtant bien vivante. Mais pas seulement : car c’est là toute sa force, cette histoire sensible, tout en faisant directement référence à une réalité sociale et culturelle locale (la sorcière), illustre aussi une problématique  universelle (le rejet de l’autre et la médisance) qui parlera à tout un chacun.

Deux jeunes garçons, dont l’aîné apprend au plus jeune, en vacances chez son oncle, à manier le lance-pierre en visant des oiseaux, vont faire incidemment la rencontre d’une vieille femme que l’opinion publique, ignorant pourtant tout de son douloureux parcours, considère comme une « sorcière » et une « mangeuse d’enfants ». La réalité qu’ils vont découvrir est évidemment tout autre, et la prétendue ogresse va leur délivrer un bel enseignement, mais je n’en dis pas plus pour ne pas trop déflorer le plaisir de la lecture.

Bien que l’illustratrice elle-même juge l’album plutôt adapté à des enfants de 7 à 14 ans, je peux témoigner, après avoir commencé la lecture à Solal et Louna dès notre retour, que ce livre somptueux est susceptible d’intéresser des lecteurs dès 3 ans et demi (et bien au-delà de 14 ans) ! ^^ Chacun trouvera ce dont il a besoin dans cette pépite éditoriale.

J’ai maintenant grande envie de découvrir l’univers personnel complet de chacun des deux auteurs.

C’était une sixième participation occasionnelle au chouette rendez-vous « Chut, les enfants lisent ! » du blog Devine qui vient bloguer ?

Eyi zaandè !

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