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[Guèlèdè suite et fin]

Cette fête de masques guèlèdè faisant suite à des  funérailles, certains à cette occasion étaient plus spécifiquement en rapport avec la mort. C’est une manière de la  relativiser, de la dédramatiser et de la tenir un peu à distance. Ce masque est (pour moi) plus impressionnant que les autres, c’est le masque de la mort même :Voici également un masque représentant deux fossoyeurs en train de creuser la tombe du défunt en attente d’être enseveli.Deux autres masques pas forcément directement liés à la mort (quoique ?), un vieux père avec ses jumeaux, (les jumeaux ont en Afrique un statut très particulier, lorsque l’un meurt, son effigie en statuette continue à partager la vie quotidienne de la famille, j’essaierai de vous en reparler plus tard, lorsque je serai mieux documentée),

et le dieu du tonnerre.

Là, il était déjà entre 3 et 4h du matin.

A la fin, vers les 5h environ, est apparue la « reine » de tous les fétiches, celle qui les domine tous. Elle (en fait sous le masque on est bien d’accord c’est un homme, hein) ne se montre que dans l’obscurité quasi totale, en dehors de la faible lueur d’un seul petit néon bien voilé, interdiction de brandir une torche ou une autre source lumineuse sous peine d’être frappé de mort dans les heures ou les jours qui suivent. Autant vous dire qu’il était hors de question de prendre en photo cette apparition fantomatique, revêtue d’une longue traîne blanche, et qui est passée lentement parmi les assistants agenouillés avant de rentrer dans sa maison interdite aux profanes.

Ce moment était assez impressionnant aussi, mais j’étais trop entourée de bienveillance et terrassée de fatigue pour avoir vraiment peur. Je suis partie me coucher vingt minutes après, à bout de résistance, mais la fête s’est poursuivie encore un peu.

Le premier week end de mes vacances, j’étais invitée par Totché, un vidéaste béninois, à me joindre à lui pour prendre des photos lors d’une cérémonie de masques guélédè à Zagnanado, le village d’origine de sa mère (à une centaine de kilomètres au nord de Cotonou). Je suis donc partie là-bas en taxi-brousse, pleine de curiosité, pour assister (et même prendre un peu part) à cette cérémonie qui fut aussi un spectacle très dépaysant pour moi. La fête du samedi a duré toute la nuit, de 22h environ à environ 7h du matin. J’ai dû repartir avant la cérémonie du dimanche après-midi où d’autres masques étaient de sortie, donc je ne vous propose que quelques photos de qualité plutôt médiocre compte tenu de mes performances techniquement limitées en faibles conditions d’éclairage, mais je tenais à partager cette expérience en immersion. J’avoue que je n’ai pas tout compris (rien de plus normal pour une yovo non initiée), je vous livre ici ce que j’ai retenu de diverses conversations, mais ce n’est que ma retranscription de ce que j’ai entendu. Pour les plus curieux(ses) d’entre vous, je vous suggère en complément la lecture de ces  pages pour en apprendre plus.

Au centre de l’espace se tenaient les percussionnistes qui rythmaient la cérémonie, et autour d’eux chantaient et dansaient en cercles concentriques d’abord les femmes et les enfants (même des bébés au dos de leur maman); voici la gentille dame qui est restée à mes côtés en me tenant par la main les deux ou trois fois où j’ai rejoint ce cercle, à l’invitation de mes hôtes:

puis autour d’elles dansaient les hommes, 

et enfin les masques, qui apparaissaient les uns après les autres, parfois par deux. C’est un peu déroutant et un peu la pagaille, mais c’est beau à voir.

Enfin venait le cercle des spectateurs qui ne prenaient pas part aux chants et danses.

Il y a beaucoup de masques différents, qui expriment la créativité du sculpteur. Pour chaque masque est aussi composé un chant spécifique. Cette tradition est importée au Bénin dans la région de Bohicon depuis environ 70 ans depuis le pays yoruba au Nigéria.

Les masques guèlèdè sont des masques de réjouissances qui servent à marquer une occasion particulière et interviennent dans le maintien de l’harmonie sociale. Chacun a une signification et un rôle particulier, connu des initiés. Ils sont portés (sur le sommet du crâne, d’où la hauteur des silhouettes) et dansés par des hommes uniquement, au terme d’une longue initiation secrète. Ils dansent (certains sur échasses), s’exhibent, prennent malicieusement à parti le public et parfois se jettent par terre, tout cela pour distraire l’assemblée. Ils portent aux chevilles des anneaux à grelots qui scandent leurs pas.

Quelques masques: celui qui symbolise la fécondité, les chiens, le buffle, le chacal.

C’est tout pour le moment. Eyi zaandè !